Sous ce terme, nous rassemblons l'ensemble des mécaniques mentales qui permettent de construire la connaissance d'une personne. Ces processus exploitent la mémoire, le langage, le raisonnement, l'apprentissage, la prise de décision et la perception. En bref, tout ce qui traite de l'information, de la façon dont elle arrive jusqu'à sa façon d'être conservée.
Par extension, la cognition intègre la gestion des émotions ou de la motricité pour ses interactions évidentes avec le mental.
On trouve des traces de l'homo sapiens jusqu'il y a environ 300000 ans. Depuis tout ce temps, si le cerveau a évolué en terme de matière grise, son fonctionnement global est resté à peu près le même. Il est toujours guidé par son besoin de survie et de gestion des informations toujours plus nombreuses de ce qu'il reçoit. Afin de répondre à tout ce traitement mental, il doit faire des raccourcis, trouver des solutions pour s'économiser au maximum.
Naturellement, il va donc avoir des biais cognitif, c'est à dire des raccourcis qui lui permettent d'être plus réactifs, mais aussi plus approximatifs et maintenant que nous sommes en capacité de les identifier, de les exploiter, il est temps pour vous d'en avoir conscience pour éviter de vous faire avoir au quotidien par ceux qui les exploitent...
Nous allons toujours privilégier des informations qui vont dans le sens de ce que nous croyons.
Ce biais a tendance à nous faire minimiser voire ignorer les informations contradictoires à nos croyances et a surestimer des informations qui vont dans le même sens, surtout si elles sont d'origines différentes.
Exemple ? Il suffit de regarder la politique. Imaginons qu'un représentant politique détourne de l'argent. Si cette personne annonce qu'elle ne le savait pas, tous ses partisans accepteront cette vérité, ses opposants diront que c'est une absurdité sans nom. Et il n'y a pas besoin de preuve pour un camp comme l'autre puisque chacun se soumet à son biais de confirmation. Même si une preuve est mise à nue du détournement, une excuse bidon pourrait être acceptable par son camp...
Nous allons estimer plus probable un événement pour lesquels nous avons des exemples similaires qui nous viennent à l'esprit.
Ce biais, très utilisé par les médias, permet de fausser un point de vue en donnant des informations tape à l'œil ou récurrente.
Exemple ? Un homme se fait tuer dans sa voiture une nuit sur un parking de supermarché dans une petite ville. L'événement étant rare, les médias vont s'en emparer et en fair un véritable sujet. Dans l'esprit des gens, la commune devient vraiment dangereuse, et il est risqué de sortir le soir... En réalité, l'événement est ponctuel, s'est déroulé à 3h du matin et est le résultat d'un règlement de compte entre deux personnes, donc assez peu représentatif de la dangerosité des rues de la commune.
Nous préférons nous appuyer sur notre prisme personnel ou des stéréotypes culturel pour effectuer des déductions plutôt que sur la réalité des faits.
Il est plus rapide et plus économe pour le cerveau de déduire une information à partir d'indices plutôt qu'entamer une réflexion rationnelle.
Exemple ? Si je me présente avec un costume et des lunettes, je serais tout de suite attribué à une classe intellectuelle supérieure, mais si j'ai les cheveux en bataille, un vieux t-shirt d'un groupe de métal et un jean délavé, je serais certainement naturellement perçu différemment et ceci, indépendamment des informations réelles, tel que mon discours ou le contexte de ma venue (pensez à un entretien d'embauche par exemple).
L'expression : L'habit ne fait pas le moine était un mantra pour lutter contre ce biais...
Nous gardons la première impression comme majoritaire dans l'évaluation d'un événement ou une personne.
L'image ou l'avis que nous nous faisons au premier contact devient une ancre, et même si elle se révèle impertinente, elle sera difficile à être modifiée.
Exemple ? Lorsque vous rencontrez un bodybuilder, vous allez lui attribuer une intelligence limité et vous devrez lutter contre cette image pour réussir à accepter qu'il peut malgré tout être intelligent. Et je vous laisse imaginer le problème des belles femmes dans une société patriarcale comme la nôtre...
Votre cerveau donnera toujours un avis favorable à quelque chose qu'il connait et qu'il peut appréhender plutôt qu'à l'inconnu.
Sur Radio Nova, Samah Karaki nous parle du biais de notoriété qui joue un rôle très important dans notre monde inondé d'informations, entres autres en politique.
Je reprends son exemple:
"Dans une expérience menée à l'université de Yotborg, des participants observant des images strictement identiques. La seule différence tenait à l'étiquette. Certaines œuvres étaient attribuées à Rembrand ou Picasso, d'autres à des artistes anonymes. Résultat, lorsque l'image était signée, le cerveau s'emballe. Les circuits de la récompense, de la mémoire contextuelle, de l'attention fusent dans tous les sens. Le plaisir esthétique ne venait pas de ce qui était vu, mais de ce de ce qui était cru. "
En bref, le cerveau a besoin de se rassurer, et pour cela quoi de plus pratique que de retrouver des éléments familiers. Plus un visage va vous être familier, plus vous allez l'identifier comme rassurant, et ce même si le message est limite. Si en plus, le média est réputé comme fiable, double dose de confiance... Si les résultats des élections sont proportionnels aux temps de présence dans les médias, ce n'est pas un hasard.
Prenons un homme politique jeune qui présente bien, donnez lui une grosse présence médiatique sur les bons réseaux avec des éléments familiers comme par exemple une musique que tout le monde connait, un show à l'américaine ou des clashs typique du public ciblé et le biais de notoriété le propulse en tête des sondages de vote, malgré un parti à la morale plus que douteuse...
Entrez dans un kiosque à journal, prenez du recul et regardez quel est le visage le plus en vue... Quel que soit son discours, il aura des voix... Les médias exploitent ce biais de notoriété et même si une minorité s'en dégage, la majorité suit comme un troupeau de mouton.
Pour contrer cet effet, il faut être capable de prendre du recul et faire fonctionner ses cellules grises. Malheureusement, cela demande de prendre le temps nécessaire pour les activer et dans un monde où l'information file à la vitesse d'un mouvement du doigt, c'est difficile...
Ce biais nous conduit à accorder plus d’importance aux informations négatives qu’aux informations positives.
La théorie de la cerise et du cafard illustre justement ce biais cognitif.
Le cafard dans le gâteau à la cerise : Imagine un magnifique gâteau, bien décoré, garni de belles cerises brillantes. Tu as envie de le manger. Mais... on t’annonce qu’il y a un cafard écrasé dedans. Même s’il y a plein de bonnes choses dans ce gâteau (des ingrédients de qualité, une belle présentation, un goût sucré), la présence d’un seul élément répugnant (le cafard) suffit à tout gâcher. Tu n’as plus du tout envie d’y toucher. Et si on inversait? Maintenant, imagine un plat composé de cafards. C’est rebutant. Tu n’as aucune envie d’en manger. Et si on te dit: « Mais regarde, j’ai mis une cerise dessus! » Est-ce que ça change ton envie d’en manger? Probablement pas.
Une seule expérience négative, critique ou blessure émotionnelle peut entacher ou faire oublier un ensemble de choses positives. Mais une chose positive (un compliment, un petit bonheur) ne suffit pas toujours à effacer un vécu difficile ou une ambiance toxique.
Ce biais est souvent utilisée en psychologie: pour comprendre pourquoi les traumatismes ou les critiques marquent autant. En relations humaines: une parole blessante peut anéantir des mois d'efforts. En communication: une erreur dans un discours ou une attitude peut entacher une réputation entière.
Comment en sortir ?
Prendre conscience de cette dynamique, c’est déjà amorcer le changement.
Pour ne plus laisser un cafard gâcher toutes les cerises, il est essentiel de développer notre capacité à distinguer les faits de notre ressenti immédiat.
Cela passe par l’accueil de nos émotions sans leur laisser le pouvoir de dicter toute notre réalité.
Apprendre à relativiser, à mettre en perspective, à cultiver ce qui va bien sans nier ce qui est difficile.
C’est aussi oser choisir ce que l’on nourrit dans son bol: accorder davantage d’attention à la beauté, à la douceur, à la joie simple, sans se laisser happer par l’exception qui dérange.
Notre cerveau nous incite à laisser ce qui est plutôt que de le changer.
En bref, puisque nous sommes en sécurité avec ce qui est, pourquoi prendre le risque de changer quelque chose qui pourrait nous mettre en danger. Le fait de laisser tel quel procure un sentiment de sécurité. Le cerveau préfère naviguer dans un univers connu et familier, même s'il n'est pas idéal, plutôt que partir vers l'inconnu.
C'est ce qui maintient de nombreux couples dysfonctionnels ensembles, ou des situations professionnelles difficiles en place. On préfère galérer dans un contexte connu, que faire le grand saut vers l'inconnu...
Comment s'en sortir ?
Prendre du recul et analyser la situation.
Réfléchir objectivement sur les potentialités du changement.
Se projeter dans un avenir à moyen terme pour voir ce que l'on souhaite.
Globalement, nous surestimons nos compétences, nos connaissances ou la précision de nos prédictions.
Aussi appelé l'effet Dunning-Kruger, ce biais tend à faire croire aux personnes moins compétentes qu'elles le sont plus et aux personnes plus compétentes, qu'elle le sont moins. Les expériences menées ont amené à 4 points:
Une personne incompétente tend à surestimer son niveau de compétence.
Une personne incompétente ne parvient pas à reconnaître la compétence d'une personne plus avancée.
Une personne incompétente n'arrive pas à réaliser son incompétence.
Avec l'acquisition de compétences, la personne peut alors réaliser le niveau d'incompétence qu'elle avait.
Des études suggèrent que ce biais serait à l'origine de 30% des erreurs de diagnostic médical... Dans la maîtrise des arts martiaux, on retrouve aussi fréquemment ce biais parmi les pratiquants qui se surévaluent au début de leur apprentissage, puis réalisent leur niveau réel au fur et à mesure de leur avancée avant de reprendre une progression plus réaliste.
A noter également que ces études ont étés faites aux USA et sont fortement influencé par la culture. En 2001, une expérience similaire a été réalisée au Japon, montrant que les japonais avait tendance à sous estimer leurs compétences et qu'ils considéraient les échecs comme des opportunités de s'améliorer, augmentant ainsi leur valeur au sein de leur groupe social.
Comment s'en sortir ?
Rester humble, mieux vaut se sous-évaluer et faire ses preuves que se surévaluer et se planter.
Se méfier des nouvelles personnes qui semblent trop sûres d'elles.
S'assurer des compétences plutôt que des prétentions de compétences.
Malgré nos convictions personnelles, nous aurons tendance à se conformer aux opinions ou comportements du groupe majoritaire.
En 1951, Solomon Asch démontre que l'on a tendance à se conformer au groupe dont nous faisons partie, même si la réponse est fausse. une autre expérience (voir ci-dessous) montre cet effet. Le cerveau considère que si tout le monde fait quelque chose, c'est certainement plus efficace en termes de survie (toujours ce mode de fonctionnement datant de l'origine de l'homme). Il a donc tendance à copier ce que font ses pairs.
On peut donc voir des héritages comportementaux qui n'ont plus lieu d'être mais qui ont se sont entretenus dans le temps, qui sont même entrés dans les habitdes à force de répétition et sont devenus une forme de norme.
Comment s'en sortir ?
Prenez du recul et demandez-vous pourquoi ?
N'ayez pas peur des autres... osez leur demander la raison de ce comportement (sans juger).
Nous donnons plus d'importance aux informations récentes qu'à celles plus anciennes.
Toujours pour des raisons de survie, notre cerveau a constamment besoin de se mettre à jour, de capter de nouvelles informations pour mieux s'en sortir (voir le Striatum). A une époque lointaine, cela pouvait vraiment faire pencher la balance entre se faire dévorer et éviter le danger. Aujourd'hui encore, une information toute fraiche prendra le pas sur d'autres plus ancienne, voire les écrasera pour mettre à jour les données sur tel ou tel sujet.
Dans le milieu professionnel, une erreur récente aura tendance à minimiser tout le bon travail effectué auparavant et inversement. Un manager pas très futé, pourrait donc promouvoir une personne sur un coup d'éclat (même s'il est illusoire) ou en destituer une autre pour une erreur ponctuelle. Ce comportement incitant donc les personnes peut scrupuleuses à profiter de ces opportunités.
Comment s'en sortir ?
Encore une fois, le fait d'avoir conscience de ce biais vous permet d'éviter l'écueil.
Ne jugez pas à chaud, prenez toujours le temps de l'analyse pour suivre le parcours suivi jusque là.
Nous avons tendance à penser que les autres partagent nos propres croyances, habitudes et expériences.
Lorsque vous faites un choix, vous avez élaboré une reflexion qui vous a amené à le faire. Il est donc naturel de penser que les autres ont fait le même cheminement, puisque vous ne savez pas ce qu'il se passe ou ce qu'il se trouve dans leur tête. Le monde extérieur n'existe qu'à travers le prisme de vos expériences et de vos connaissances, dès lors, par défaut, des éléments qui viendraient contredire votre vision des choses sont fausses ou ont une vision éronnée de la vérité.
Ce biais conduit souvent à des malentendus ou des interprétations fausses.
Comment s'en sortir ?
Prendre conscience que les autres ne sont pas comme vous et qu'ils peuvent avoir une autre base de réflexion.
Accepter que l'on peut se tromper ou ne pas tout savoir, même si l'on en est persuadé à l'origine.
Discuter, échanger sur le point de vue, se remettre en cause...
Naturellement, le cerveau considère que les événements ont une probabilité égale d'arriver.
Sans utiliser notre matière grise pour rationnaliser les probabilités, le cerveau considère que les chances qu'un événement se produise n'est pas plus grand ou plus faible qu'un autre. Pour lui, un événement se produit et c'est tout. Les connaissances et la réflexion viennent facilement contrer ce biais, mais pour certains faits, le calcul n'est pas naturel ou nous n'avons pas les informations sous la main, ainsi lorsque les médias nous parlent d'une augmentation de 30% des agressions, notre cerveau lit 30% et fait le raccourci qu'il y a 30% de chance de se faire agresser Alors que le taux d'agression est autour 2% et que +30% l'amène à 2,6% (attention ces chiffres sont faux, simplement cités à termes d'exemple). Les joueurs de jeux de dés connaissent bien les statistiques, mais une personne qui n'y connait rien comprendra naturellement qu'avec 2 dés à 6 faces, un 4 a autant de chance d'être tiré qu'un 7, alors que la différence est du simple au double.
Comment s'en sortir ?
Méfiez-vous des gens qui parlent en pourcentage et identifiez bien les valeurs d'origines.
Apprenez comment fonctionne les statistiques de base.
Prenez le temps d'analyser et d'utiliser votre réflexion pour comprendre les choses.
Naturellement, le cerveau considère que les événements passés étaient plus prévisibles qu'ils ne l'étaient réellement.
De nombreuses études ont confirmé qu'une fois qu'un événement s'est produit, le cerveau estime que, l'enchaînement des événements étant logique, il l'avait plus ou moins prédit. En soi, cela n'est pas grave, mais lorsque quelque chose tourne mal, cette sensation tend enfoncer le clou avec un "mais c'était prévisible" ou "c'était sûr que ça allait arriver"...
Alors qu'en réalité, pas vraiment.
Comment s'en sortir ?
Il faut prendre conscience que les décisions prises dans le passé l'ont été parce qu'au moment de prendre cette décision, c'était ce qui semblait le mieux à faire..
Ce qui est fait est fait, la seule chose sur laquelle agir est : quoi faire maintenant.
Nous allons tirer des conclusions générales à partir d'échantillons ou d'exemples peu représentatifs.
Pour tirer une conclusion générale, il faut des arguments solides, une expérimentation reproductible ou un échantillonnage réellement représentatif.
On considère qu'il y a une généralisation abusive lorsque les arguments avancés sont artificiels, fallacieux, basés sur des exceptions ou sans connexion réelle. Cela peut arriver involontairement par méconnaissance du sujet, erreur d'interprétation ou paresse intellectuelle (c'est à ce moment que abusive devient hâtive...). Cela peut aussi arriver volontairement dans un but de manipulation mentale, politique commerciale ou publicitaire par exemple.
Voici quelques exemples :
Il fait toujours beau à Bordeaux, je le vois bien à chaque fois que je vais courir... (mais en fait, il va courir lorsqu'il fait beau donc...)
Le réchauffement climatique n'existe pas, la preuve, il fait plus froid que ces dix dernières années. (problème d'échantillonnage)
Tous les chasseurs sont sympa, la preuve Gérard est venu m'aider à faire ma terrasse l'autre jour.
L'extrême gauche est plus violente que l'extrême droite, la preuve ils ont tué Quentin...
Fumer n'est pas si mortel, les accidents de la route, c'est pire.
Comment s'en sortir ?
Encore une fois, il faut activer les neurones et prendre du recul.
Avoir conscience des techniques de rhétorique.